A l’occasion de la commémoration, ce 24 février courant, du double anniversaire de la fondation de l’UGTA en 1956 puis de la nationalisation des hydrocarbures en 1971, le Président de la République a adressé un message lu au rassemblement organisé à Djelfa, par la centrale syndicale.

Dans sa lettre, le Président a rappelé, à juste raison, le rôle historique et déterminant des travailleurs aussi bien pendant la révolution que la tragédie nationale.

L’hommage rendu aux syndicalistes et travailleurs martyrs est, en effet, à la hauteur du sacrifice consenti et c’est une reconnaissance de la mission de défense de la nation, par la classe ouvrière, en toute circonstance.

Mais, par delà l’identité du rédacteur de la lettre, concernant la situation socio/économique d’aujourd’hui, la lettre du Président soulève bien des inquiétudes et des interrogations.

En effet – il est écrit « Nous devons faire évoluer notre vision du capitalisme national intègre et du partenariat étranger équitable en tant que partenaires stratégiques des travailleurs » ! D’abord, c’est la première fois depuis l’indépendance qu’un responsable algérien et qui, de surcroit est le président, la lettre lui étant attribuée, déclare son adhésion au capitalisme, lequel est un système mondial fondé sur l’oppression et l’exploitation, partout dans le monde et non pas une addition de capitalismes nationaux. Par conséquent « l’intégrité » du pseudo-capitalisme algérien, est une insulte à l’intelligence de la majorité du peuple.

Le concept même saugrenu de « capitalisme algérien » est contraire aux idéaux de la révolution, à la déclaration du 1er novembre 1954 et à la plate forme issue du congrès de la Soummam en 1956 définissant la nature sociale de l’état algérien.

En fait, le capitalisme ne saurait même exister en Algérie, considérant l’histoire et la nature de notre pays, opprimé, et l’inexistence d’une bourgeoisie nationale. Et nul n’ignore que les fortunes des nouveaux riches, multimilliardaires, pour certains maffieux, sont le produit de la prédation des fonds et biens publics et des marchés publics de gré à gré. Et l’émergence de l’oligarchie ne fait que confirmer cet état de choses.

Plus grave encore est l’appel aux travailleurs, à accepter cette dérive appelée « notre capitalisme national intègre » érigé ainsi que les multinationales (partenariat étranger), comme partenaires de la classe ouvrière !! Une conception abominable des rapports sociaux.

Le rédacteur de la lettre du Président considère donc que les travailleurs doivent consentir davantage de sacrifices sous prétexte de crise, et cela au nom des sacrifices de nos aînés alors que précisément, ils sont morts pour que le peuple algérien vive dans la dignité, sans discrimination.

Or, l’austérité meurtrière en cours est réservée exclusivement aux travailleurs, jeunes, couches vulnérables pendant que les prédateurs locaux et étrangers poursuivent leur œuvre de siphonage, et de pillage de la propriété de la collectivité nationale.

Alors de quelle « préservation du pouvoir d’achat », de quelle « protection des droits des travailleurs et retraités », parle la lettre du Président alors que même les chiffres de l’ONS et de la Banque Mondiale sont effrayants concernant le chômage et que le pouvoir d’achat de la majorité, les couches moyennes comprises, est anéanti provoquant une chute effrayante de la consommation ?

Quant à la paix, son maintien est mis à rude épreuve par l’orientation socio/économique.

Non, contrairement à ce qui est annoncé dans la lettre, celle-ci, ne saurait ressusciter l’espoir, car elle sonne comme une fin de non recevoir aux revendications, attentes et souffrances des travailleurs et jeunes. Puisqu’elle assène que les « réformes » seront poursuivies c’est-à-dire le saccage des acquis socio-économiques.

C’est pourquoi, les luttes en cours des fonctionnaires et travailleurs, des étudiants, notamment en chirurgie dentaire et en pharmacie, sont la seule voie de salut pour la majorité du peuple et donc la nation.

Et si la lettre du Président de la république insiste sur le fait que « le peuple algérien s’est battu pour arracher la liberté d’abord puis pour le développement », c’est que le premier objectif, suprême, conditionnait le second. Ils ne sont donc pas dissociables.

Aujourd’hui, par ce que justement l’Algérie est indépendante, que ceux qui sont aux commandes sont des algériens, c’est précisément la mobilisation des travailleurs et des étudiants en défense des acquis socio/économiques de la révolution et l’indépendance nationale et pour préserver les chances d’un avenir de progrès, qui est à l’ordre du jour, impliquant la rupture avec un ordre qui a érigé la hogra et la prédation en système, un ordre qui sert ouvertement les intérêts d’une minorité locale et des multinationales, et qui de ce fait menace l’intégrité et la continuité de la nation.

C’est ce qui s’est exprimé avec force dans le rassemblement gigantesque que les syndicats autonomes ont organisé à Tizi-Ouzou, ce 25 février, suivi 2 jours après d’un rassemblement énorme des étudiants au même endroit au compte de tous les travailleurs algériens et de la jeunesse, réaffirmant leur détermination à poursuivre le combat contre la régression en cours, tout en le plaçant dans le cadre de la défense de l’indépendance nationale.

C’est là l’actualité de la révolution algérienne.

Louisa Hanoune

Le 27/02/2017

 

Le Parti qui dit ce qu'il fait et qui fait ce qu'il dit

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